mercredi 4 février 2026

La Forêt


« Deviens ce que tu es » – Nietzsche


Bien des fois, j’ai pris les sentiers de la forêt,

Au milieu des fougères séchées par l’été,

Là, en son sein, j’ai senti ses odeurs lourdes

Et suaves de sa propre décomposition.




Bien des fois, j’ai écouté son cœur battre

Sous les feuilles, où je pouvais discerner

Le bruissement de la vie et de la mort.

Alors, je faisais d’elle ma confidente,

Au fil du temps, elle était devenue mon amie.




Oui, bien avant les hommes, elle a su.

Très tôt, elle a tout perçu de moi,

Elle, elle connaissait mon secret !




Elle a été le témoin de ces rendez-vous

Montrés du doigt, interdits par les lois,

C'est là que je retrouvais les mêmes ombres,

Pour des jeux inconvenants, qu’il fallait taire.




Bien des fois, j’ai levé les yeux vers les cimes

De ses vieux sages, implantés depuis des siècles,

Pour leur demander « pourquoi moi ? ».

J’attendais du frémissement de leurs feuilles,

D'être mis au pilori ou d’être innocenté.




Ils me répondaient avec un rayon de soleil,

Qu'ils laissaient glisser doucement jusqu’à moi,

Apaisant d'une caresse, ma blessure intestine.

Ils semblaient me dire simplement, « Sois-toi ! 




Bien avant les hommes, elle a su mon désarroi.

Enfant, je me réfugiais dans son ventre de mère,

Où je cachais ces différences qui effleuraient

Ma conscience encore ignorante, encore naïve.

Pendant ma jeunesse, je me détachais d’elle,

L’amour m’avait donné de grandes ailes,

Pour m’envoler, haut, au-dessus de mes peurs.




Mais avec le temps, au retour de mes turpitudes,

Elle fut le témoin des larmes d'un homme désarmé,

Pour qui sa bienveillance ne suffisait plus.

Et pourtant, en elle, j'avais puisé mes forces

Pour aller de l’avant, et suivre ma destinée,

Sur mon chemin hasardeux, tracé depuis toujours.




C'est sous sa canopée que j’ai fait mon choix

Assumer enfin, ce que je devais à la nature.


Christian Bailly 
Tous droits réservés
04/02/2026

samedi 31 janvier 2026

Fleurs de sel


du net

 

 

Il y a des amours sans fin,

que le temps,

jamais,

ne saurait dissoudre.

 

De ces amours,

il reste toujours

quelque chose,

même une fois évaporées,

même après les ardeurs

de la passion passées.

 

Quelque chose

d'impérissable,

d'indissoluble,

comme une fleur de sel.

 

Une fleur de sel

venue secrètement

se déposer sur le cœur

et qui donne à jamais,

du sel à la vie

et aux larmes.

 

Christian Bailly

Tous droits réservés

31/01/2026

Couple infernal



Brassées d'écume opale, jetées aux cieux,

Par les coups de bélier des flots audacieux !

Devant le poète, ils ne décolèrent pas.

Ils sont de la trempe de ceux qui ne cèdent pas.





Monstres rugissants, l'écume blanche aux lèvres,

Vers le rivage, ils courent plus vite qu'un lièvre.

Pour bondir sur les vieux rochers, paralysés,

Les reins brisés par leurs attaques obstinées.





Un combat de titans, depuis la nuit des temps.

Tantôt, l'un met genou à terre, en bon perdant,

Tantôt, l'autre s'incline, pour mieux lui résister.





Deux mondes, l'un impassible et insensible,

L'autre, sans cesse en mouvement, irréductible.

Un couple infernal lié par l'adversité.










Texte et photos Christian Bailly
Tous droits réservés
27/01/2026

samedi 24 janvier 2026

Liberté !

 


Derrière les barreaux...

Il existe toujours des rêves de liberté...

 

Je suis derrière des barreaux

Dressés par les hommes,

Derrière des murs

Bâtis par la société.

Ils cachent ma réalité...

 

Liberté !

Liberté !

Donne-moi,

De mon destin,

La clef de mes chaînes

Et de ma cage dorée.

Donne-moi la force

De m'échapper…

 

Liberté !

Liberté !

Sur la voie sacrée,

Guide-moi vers l'émancipation,

Que je vive enfin ma vérité,

Que je fasse entendre

Ma voix libérée.

 

Liberté !

Liberté !

Donne-moi des ailes,

Émancipe ma conscience,

Que j'embrasse l'évidence,

De vivre le substantiel,

De mon existence…


Christian Bailly 

Tous droits réservés

24/01/2026

jeudi 22 janvier 2026

La rivière





Elle court, elle court la rivière,

Dans nos pas, sans se soucier

Le moins du monde des pierres

Qu'elle roule sous nos pieds.




Elle flâne, elle flâne la rivière,

Riche d'amour, riche de vie,

Dessus, dessous la verte litière

De nénuphars à peine fleuris.




Elle se hâte, elle se hâte la rivière

Promène toute sa progéniture

Le long des terres nourricières,

Sous le soleil qu'elle capture.




Même si elle se presse la rivière,

Ses reflets d'azur et d'argent

Remplissent notre aumônière,

Des richesses de l'instant présent.




Elle prend tout son temps la rivière,

D'arroser les prairies en fleurs,

Où je rêve d'école buissonnière,

Et moi, je suis là, à flairer le bonheur.



Texte et photos Christian Bailly

Les bords de l'Yonne près de Cézy - Thèmes

Tous droits réservés 

22/01/2026

lundi 19 janvier 2026

Reconnaissance





Je me souviens des petits matins frileux,

Où je devais sortir de mon lit douillet.

Pourtant, j'avais eu du mal à le réchauffer,

Dans ma chambre, où ne brûlait pas de feu.



Mon corps frêle de gamin avait grelotté,

Malgré l'édredon dodu et le couvre-pied,

Avant de trouver le sommeil d'écolier,

Et de voyager dans mes rêves tourmentés.



En hiver, la chambre était humide et glacée,

Au matin, je trouvais des œuvres éphémères,

Sur les vitres recouvertes de fougères.

Un rayon de soleil finissait par les effacer.





Je m'habillais de mes vêtements gelés.

Pour gagner la cuisine, il fallait ressortir.

Braver la froidure, avant de pouvoir assouvir

Ma faim et ma soif d'au plus vite grandir.



Ma grand-mère, déjà au pied de la cuisinière,

Faisait griller de généreuses tartines de pain.

Je m'approchais d'elle pour un tendre câlin,

Puis sur le banc, je rejoignais mon grand-père.



La cuisine embaumée de gourmandes odeurs,

Réchauffait mon cœur tendre d'enfant,

Privé par le mauvais sort, de sa maman.

J'exigeais peu de la vie pour faire mon bonheur.




Leurs cœurs généreux m'ont sauvé du pire,

D'une vie d'errance et de mille déconvenues.

Aujourd'hui, je mesure ce que je serais devenu

S'ils n'avaient pas eu la sagesse de me recueillir.



J'avais la tendresse de ce couple vieillissant,

J'avais le nécessaire, mais sans le superflu,

Sans leur affection, que serais-je devenu ?

C'est de leur amour que j'ai construit mon devenir.






À ma Grand-mère

À mon Grand-père


Christian Bailly

Tous droits réservés

19/01/2026

jeudi 15 janvier 2026

Enfance de sauvageons



Francis Picabia - Laveuse au bord de l'Yonne


Je me souviens de notre campagne endormie.

Loin des tumultes des villes éloignées.

Nous ignorions les prémices de leurs folies.

Notre terre sentait les foins en train de sécher,


Les foins - Jules Bastien-Lepage


Les champs de blé dorés en douceur au soleil,

Le crottin des troupeaux qui revenaient des prés,

La corne des sabots sous le fer devenu vermeil,

Après la pluie, l'exhalaison de l'herbe mouillée.


Annha - Art majeur


Je n'oublie pas non plus le parfum étourdissant

Du tapis émeraude et parme de la côte aux violettes,

Et plus loin, celui des coucous, doux et envoûtants.

Du printemps, nous venions faire la cueillette.


Pascal Giroud


Puis avec nos bottes de sept lieues, souvent crottées

De cette terre riche et pesante de la vallée,

Ventre à terre, nous courions jusqu'aux bords apaisés.

De la rivière, sous les ombrages des peupliers.


Peupliers sur l'Epte  - Monet



Un jour cow-boy, un jour indien, chasseur ou gibier

Un jour un voleur de grand chemin, un jour policier

Un jour, un roi, un jour, un prince ou encore chevalier

Un jour, un valeureux soldat, un autre, un prisonnier


Illarion Mikhailovich Pryanishnikov


Notre charmante campagne était notre royaume.

Le terrain de jeux de nos imaginations fertiles

Comme cette terre sous nos pieds ; elle embaume

Encore les souvenirs de nos liesses juvéniles.


Christian Bailly
Tous droits réservés
15/01/2026