
Sur un muret
sans âge, je me suis posé sans bruit,
Pour ne pas
réveiller les âmes endormies,
Au beau
milieu de ce champ de croix,
Toutes élevées
vers les cieux, pour dire leur foi.
Crucifix en
délicates ferronneries ouvragées,
Où privé de
tous embellissements insensés,
En marbre ou
en granite pour braver le temps.
Tous
semblent défier fièrement les éléments.
J'étais là,
au milieu des allongés pour l'éternité,
À penser
qu'un jour, je serai à leurs côtés.
À dire vrai,
je ne suis pas pressé de les suivre,
Sage, je
m'efforce, avec l'âge, de bien vivre.

À ces
tombeaux froids, qu'adoucit le soleil,
Je préfère encore
mon lit tiède où je sommeille.
Parfois la
compagnie des hommes me déçoit,
Mais de les
supporter encore, je fais le choix.
Cependant,
c'est bien là, en ce lieu paisible,
Que je trouve ma contemplation possible.
Ici,
personne pour perturber ma méditation.
Les morts
ont le sens inné de la compassion.
Ici, je sais
que la nuit des temps m'attend,
Près de
l'agitation d'un monde impatient.
J'aurai
l'éternité devant moi pour explorer
Mon existence,
elle aura été ce qu'elle a été.
Celle d'un
homme qui a fait ce qu'il a pu,
Assumant ce qu'il
n'a pas fait et ce qu'il aurait dû.
Je fais mon
mea-culpa à l'ombre du cyprès,
Conscient de
mes faiblesses, mais sans regrets.
Avec toutes ces
âmes silencieuses, je bavarde.
Tandis qu'un
gabian, sur un mausolée, lézarde
Et raille
haut et fort comme un marin ivre,
Ce
monde éphémère où nous devons survivre.
À l'horizon
qui s'enflamme, Apollon s'incline,
Donne à cet
instant une atmosphère divine.
Devant cette
splendeur sans cesse renouvelée,
Je me dis ma
chance de pouvoir la contempler.
Revigoré, je
reprends ma flânerie,
Le cœur plus
léger de me sentir en vie.
Tous ces
morts silencieux me font apprécier,
La réalité et
les tumultes de ma destinée.
Chaque
instant de notre vie…
… est un pas vers
l'éternité.
Photos et texte : Christian BaillyTous droits réservés
13/05/2026