| "Nuit blanche" Arièle Louis - Alexandrine |
Christian Bailly
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| "Nuit blanche" Arièle Louis - Alexandrine |
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| L'école de Thèmes, vue de la Grande Rue |
Oubliée par le temps,
Désertée par les enfants,
Je regarde avec nostalgie
Une page froissée de ma vie.
Ma petite école
Sentait le vieux papier et la colle,
Le feu de bois et le charbon,
Entassés contre le mur du fond.
Elle trônait, bien sage,
Au beau milieu de notre village,
Avec de grandes baies vitrées,
Pour laisser entrer nos rêves d'écoliers.
La petite cour goudronnée,
Avait vu défiler et jouer,
Pratiquement tout le village,
Autour du vieux tilleul hors d’âge.
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| L'école de Thèmes, vue de la cour de récréation |
Tout au fond, un petit préau
Pour les récréations sous l’eau
Et pour les écoliers, les sanitaires,
Pas fiers et plutôt rudimentaires.
Une trentaine de gamins,
Tout au plus, souvent moins,
Se dégourdissaient avant d’entrer,
Jusqu’à entendre la cloche sonner.
Alors plantée, devant l’entrée,
La maîtresse, du haut de l’escalier,
Attendait que s’alignent les enfants,
En deux rangs, en ordre croissant.
Nos cartables à nos pieds,
Les mains sorties des poches trouées,
Nous attendions la revue
Des mains propres et de la tenue.
Personne ne faisait le fiérot,
Nous étions tous du même niveau,
Pas plus pauvres, ni plus riches,
À cette époque, la vie était chiche.
Pour tous, une blouse d’écolier,
Notre costume journalier.
Pas de jalousie, pas de vanité,
Tous sur le même pied d’égalité.
Dans la salle, les tables rangées
Sentaient bon le bois ciré.
Les pupitres de bric et de broc,
Étaient bel et bien d’époque.
Sur le grand tableau noir,
À la craie blanche, les devoirs.
Sous la date, à la craie de couleur,
La morale n’était pas une gageure.
Alors, pour la maîtresse,
Commençaient les prouesses,
À qui d’enseigner la lecture,
À qui d’entraîner à l’écriture.
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| Ecole de thèmes - La cour, son préau et ses sanitaires |
Nous faire découvrir la géographie,
Les sciences et les secrets de la vie,
L’histoire chevaleresque de la France,
En grammaire vaincre nos réticences.
Pas de stylos-billes dans nos mains
Malhabiles et pataudes de gamins,
Un porte-plume, sa plume Sergent-Major,
L’encrier ancré dans la table, voilà le décor !
L’objet de tous nos maux d’écolier,
Qui entachait devoirs et cahiers,
Nos blouses et nos doigts empotés ;
Pour résumer, une véritable calamité.
Un objet qu’il nous fallait dompter,
Avec beaucoup de patience et opiniâtreté ;
Les pleins majestueux et les déliés,
Tout un art de l’écriture de lettré.
Envolées gracieuses des majuscules,
Cursives alertes pour les minuscules,
Des pages et des pages bleuies,
Avant d’être expert et aguerri.
Il y avait les matins de calcul mental,
Et des après-midi réservés à la chorale,
Des cours de sciences en pleine nature
Où on oubliait les fioritures de l’écriture.
Dans la cour, c’était chat perché,
Colin maillard ou balle aux prisonniers,
Quelques billes à perdre ou à gagner,
Pour les filles, marelle ou corde à sauter.
À la fin de la journée bien remplie,
La maîtresse appréciait aussi la sortie
Une envolée de moineaux piailleurs
Sortait le village de sa torpeur.
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| Thèmes - Yonne - Le village |
Après le goûter, tartine et chocolat
Et les devoirs, nos plus grands tracas,
On reprenait la clef des champs
Pour faire d’heureux chenapans.
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| Thèmes - La Grande Rue |
Comme elle est devenue sage, ma petite école
Sage comme une image que l’on colle
Sur le cahier à spirales de nos souvenirs,
Condamné, dans un grenier, à jaunir.
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| Thèmes - Yonne - Le village |
| "Crépuscule" Arièle Louis - Alexandrine |
| "Source" Arièle Louise - Alexandrine |